Le voyageur


Gabriel Fauré (1845-1924)
mélodie piano voix

opus 18 n°2
à Emmanuel Jadin
Texte d’Armand Silvestre (1837-1901)
composé en 1878
Durée : 1 mn 45


faure_gabriel


Biographie du compositeur
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Texte de la pièce :

Voyageur, où vas-tu, marchant
Dans l’or vibrant de la poussière?
- Je m’en vais au soleil couchant,
Pour m’endormir dans la lumière.

Car j’ai vécu n’ayant qu’un Dieu,
L’astre qui luit et qui féconde.
Et c’est dans son linceul de feu
Que je veux m’en aller du monde!

- Voyageur, presse donc le pas:
L’astre, vers l’horizon, décline…
- Que m’importe, j’irai plus bas
L’attendre au pied de la colline.

Et lui montrant mon coeur ouvert.
Saignant de son amour fidèle.
Je lui dirai: j’ai trop souffert:
Soleil! emporte-moi loin d’elle!


A propos de l’œuvre :

Cette première mise en musique d’un texte d’Armand Silvestre porte sur un poème paru dans une sous-section de Les ailes d’or (1880) intitulée «Vers pour être chantés». La date du recueil prouve soit que Fauré découvrit ce poème dans un journal ou dans un périodique, soit qu’il était en contact direct avec l’auteur. Nullement typique des mises en musique de textes de Silvestre, connues pour leur grâce et leur charme aisé, Le voyageur est une mélodie véhémente, brusque et empreinte de ce que Jankélévitch appelle «un certain air de fraternité». (La tonalité originelle de la mineur – modérée plus tard en sol mineur, chez Hamelle – est suffisamment aiguë pour sembler presque hystériquement dramatique.) «The Vagabond» de Vaughan Williams (extrait de ses Songs of Travel) peut être perçu comme le pendant anglais de cette musique: misanthropie et mépris de ses semblables sont tapis sous la psyché du voyageur. Fauré est parfois d’humeur à se montrer d’une telle vigueur (songez à la mélodie Larmes ou au mouvement d’ouverture de la Sonate pour violoncelle no1, op. 109). Dans les sections extrêmes, l’accompagnement est en noires accentuées: un rythme pointé sur le premier temps résonne comme un tintement de cloche à travers toute la mesure, la ligne vocale parcourt toute la portée avec une mâle détermination. L’imagerie de la strophe 3, où un astre se met en marche vers l’horizon, inspire la grande surprise musicale de la mélodie. La ligne vocale, marquée dolce, est soudain voilée et contenue: la texture de l’accompagnement diffère de tout ce qui a été fait jusqu’alors. En réalité, cet extraordinaire passage, bouté après dix-huit mesures par un retour de la musique plus forte de l’ouverture, n’eût pas déparé dans une œuvre tardive comme Mirages – prophétique aperçu d’un style en devenir.

from notes by Graham Johnson © 2005 Français: Hypérion


L’année 1878 dans les arts (source Wikipédia)

Événements
Première série des Danses slaves (Antonin Dvorak)
Nuit de mai (Mayckaya Noch') (Rimski-Korsakov)
Eugène Onéguine, opéra (Piotr Ilitch Tchaïkovski)
Création du Concerto pour piano et orchestre en sol mineur, op. 33, d’Antonín Dvořák.
La construction du château de Herrenchiemsee commence en Bavière, dessiné par Georg Dollman.
Construction du Semperoper à Dresde par Gottfried Semper.
Thaddeus Hyatt introduit un brevet pour le béton armé aux États-Unis.

Littérature
Sans famille, d'Hector Malot.
Un capitaine de quinze ans, de Jules Verne.
Une page d'amour d'Émile Zola.
Les Voyages de Benjamin III de l'écrivain russe de langue hébraïque et yiddish Mendele-Mokher-Sefarim.

Récompenses
Royal Gold Medal : Alfred Waterhouse.
Prix de Rome : Victor Laloux.

Naissances
23 janvier: Rutland Boughton, compositeur britannique (†25 janvier 1960)
26 février : Emmy Destinn, soprano tchèque
3 mai : Ralph Knott († 25 janvier 1929)
24 juin : James Walter Chapman-Taylor († 25 octobre 1958)
Arthur Joseph Davis († 1951)

Décès
27 mars : George Gilbert Scott (° 13 juillet 1811)